sylvie lehmers

I.SL001. 2020

crédit photo © balak espace temporaire d'art contemporain

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sylvie lehmers

installation : I.SL001

dimensions : 450cm x 215cm

technique : Impression vinylique mat adhésive sur vitrine

Installation in-situ

 

extrait du livre Gender Outlaw: On Men, Women, and the Rest of Us

écrit par Kate Bornstein

1994

 

exposition collective Balak #10

du 10 au 31 août 2020 à Charleville-Mézières

commissaire : Mehryl Levisse

texte : Sasha Pevak

 

artistes : Olaf Breuning, Daniel Buren, Claude Closky, Julie Faure Brac, Joséphine Kaeppelin, Sylvie Lehmers, Violaine Lochu, Françoise Pétrovitch, Katrin Ströbel, Corinne Troisi, William Wegman

 

Depuis neuf ans, l’espace temporaire d’art contemporain Balak transforme de nombreux défis en possibilités. Implantée dans la région Grand Est à Charleville-Mézières, ville natale d’Arthur Rimbaud riche de programmations dédiées à la poésie, ainsi que la capitale française de l’art de la marionnette, cette structure a été créée en 2011 par l’artiste Mehryl Levisse, afin de combler le vide institutionnel en matière d’art contemporain et de proposer une programmation régulière d’expositions. La 10e édition qui se déroule dans le contexte très particulier du post-confinement, s’intéresse aux espaces du commerce local qui disparaissent progressivement du paysage urbain depuis des décennies déjà, suite à l'expansion de grandes enseignes, au déplacement de commerces sur Internet et à la centralisation de l’économie dans les grandes villes. En réponse à ces phénomènes, ainsi qu’à la raréfaction de contacts humains, Balak par une multitude de gestes artistiques cherche à réenchanter ces lieux, aujourd’hui déserts, et à offrir aux habitant.e.s de Charleville-Mézières des moments pour s’échapper du quotidien et renouer les liens sociaux.

 

Balak #10 occupe les vitrines et enseignes de dix-neuf commerces désaffectés dans les rues de Charleville-Mézières, de la Ronde Couture à la rue du Moulin en passant par l'Hôtel de ville, la place de Mohon, l'avenue Charles de Gaulle et la place Nevers, entre autres. Avec une participation tant des artistes émergent.e.s que des artistes plus établi.e.s, il offre une large variété de formes d’expression artistique et d’approches. Celle-ci va des œuvres graphiques, photographies et installations in-situ jusqu’aux interventions textuelles et partitions ; des propositions poétiques ou teintés d’humour jusqu’aux travaux plus radicaux et politiques. Les œuvres, qui s’insèrent dans le tissu du quotidien de la ville et entrent en dialogue avec le paysage urbain, composent un parcours ouvert et accessible à tou.te.s.

 

Daniel Buren et Corinne Troisi répondent à l’invitation en proposant des installations conçues spécialement pour Balak #10. Si la première est composée des fameuses bandes de couleurs blanches et vertes de Daniel Buren posées sur vitres, la seconde consiste en un poème amoureux qui ne peut se lire qu'en fonction des reflets de la lumière ; les deux artistes interagissent avec l’espace environnant dans un jeu poétique avec les transparences et les réfractions de la lumière. Avec les vastes cartes-partitions des performances que Violaine Lochu fait déployer dans les vitrines, elle évoque ses œuvres dans lesquelles la voix interroge également la relation entre l’humain et son environnement. Dans Charades (2020) (5 vitrines), produit à l'occasion de l'exposition, Claude Closky s’emparant des slogans publicitaires invite les spectateur.rice.s à résoudre des charades autour de l’univers de la consommation ; tandis que l’oeuvre Il faut qu'il se passe quelque chose (2014) deJoséphine Kaeppelin, réalisée dans une esthétique minimaliste, offre une phrase incitant à l’action immédiate qui, une fois décontextualisée et placée dans l’espace urbain, peut susciter des lectures variées. Avec des pratiques politiquement engagées autour de l’identité,Sylvie Lehmers présente des affiches manifestes I.SL001 (2020) et I.SL002 (2020), dans lesquelles elle interroge les normes de la société et le contrôle des corps qu’elle impose, tandis que Katrin Ströbel, par le biais de la poésie, jette la lumière sur les systèmes de domination des corps dans leur relation à l’espace urbain. Dans une esthétiquepopqui se mêle à l’humour sont réalisées les photographies, visuellement fascinantes, de William Wegman et d’Olaf Breuning, qui tous les deux mettent en scène des scénarios « animaliers », inspirés des situations de la société humaine et restant libres à l'interprétation par des publics. Dans une veine plus fantaisiste, Françoise Pétrovitch démontrent les corps féminins sous une lumière intime dans les lithographies Fille aux cheveux-gouttes (2012) et Sur un pied (2011) exposées dans les deux vitrines face à face, et Julie Faure-Brac dans Qu'est-ce que tu veux ? (pintade)(2019) représente un de ses « humanimaux » rêvés, résultats d’hybridation entre humain et animal. Dans le travail de ces deux artistes, les êtres imaginaires apparaissent comme suite de métamorphose, du passage entre notre monde et l’au-délà.

 

Riche d’une variété de regards et approches artistiques, Balak #10 permet d’attirer l’attention sur les anciens espaces de commerce de la ville et à leur rendre hommage, tout en se penchant sur leur rôle en tant que lieux de désir, d’échanges monétaires, de communication et de socialisation dans une ville. L’exposition incite à réfléchir sur l’évolution du paysage urbain et de l’espace public, sur les interactions entre la ville et ses habitant.e.s, ainsi que sur la dématérialisation des rapports humains et l’automatisation de vie qui se sont récemment accélérées partout dans le monde.

 

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L’espace temporaire d'art contemporain Balak porte son nom d’après une interjection issue du dialecte marocain le darija. On entend souvent les vendeur.euse.s ambulant.e.s crier « balak » dans les rues des médinas ; cela veut dire « pousse toi de là, j’arrive !», « créez du passage ! », ou bien « faites place, je passe !». En partant de ce mot et de l’esprit de nomadisme qu’il véhicule, Mehryl Levisse a imaginé une structure avec une programmation d’art contemporain sans un espace fixe ; elle se réinvente à l'occasion de chaque nouvelle édition et peut prendre des formes totalement différentes en fonction du contexte, tout en restant rattachée au territoire du Grand Est et à Charleville-Mézières. Ainsi, à plusieurs reprises balak a investi les lieux culturels de la ville tels que le Musée Arthur Rimbaud et la Maison des Ailleurs en 2017, la Maison de l’ardoise de Rimogne en 2015, de même que des espaces plus intimes comme un appartement privé situé sur la Place Ducale (2011). balak a collaboré avec le festival du Cabaret Vert (2016 et 2019) et s’est également déployé dans l’espace public en proposant un parcours d’installations in-situ dans le cadre de la 6e Nuit Blanche en 2014, ou encore en investissant les panneaux publicitaires à travers la ville en 2018.

tous droits réservés © sylvie lehmers 2020

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